Défaite?
Cela faisait déjà un an que j'étais sur le front Nord, j'avais participé à plusieurs batailles, beaucoup de défaites mais aussi quelques victoires qui ont fait que la frontière n'eut été enfoncée que de trois misérable kilomètres. Les elfes, lors de batailles, sont toujours bien rangées, organisés et très coordonnés mais face à de monstrueux ours blancs, les lignes défensives sont facilement enfoncées ; les bataillons d'archers placés derrière la première ligne de lanciers se font massacrer à chaque bataille. Les malheureux n'ont que peu de temps pour tuer les terrifiantes bêtes du sorcier des neige rouge car un ours court très vite et ce malgré le fait qu'il sont équipés de grosses armures sur leurs membres supérieurs et inférieurs, ainsi que d'un casque qui couvrait toute la tête, visage compris. Moi, j'étais dans la cavalerie légère avant d'entrer dans la compagnie du général Conïaël. Oui, j'étais devenu une première ligne, lancier du froid et de la glace, chargé de protéger les bataillons d'archers inutiles en bataille compte tenu de la vitesse de nos ennemis ainsi que l'épaisseur de leur peau sous protégée par d'épaisse couche de graisse soutenue par une lourde armure faite de métal. Les soldats de ma compagnie étaient tous très grands et forts mais quel elfe pouvait rivaliser de force avec un ours ? Alors un ours doué d'intelligence et dressé pour le combat ? Aucun, j'étais persuadé que même mon oncle ainsi que mon père ne pourraient pas changer grand chose à la donne. Mais moi, si. En travaillant tous les jours, pendant plusieurs heures jusqu'à tard dans la nuit, seul avec pour seules armes une épée, une lance et mon cerveau, et comme vêtement pour me protéger du froid la tenue d'été de mon ancien régiment. Certains me prenaient pour un fou mais en un an je me suis tellement exposé au froid que je pourrais combattre tout nu dans la neige. Il m'avait fallu six mois pour développer un style de combat destructeur, pour faire face à mes ennemis poilus. Je mettais à profit ma petite taille et ma rapidité pour esquiver les coups qui pleuvaient sur nous et riposter dans la seconde qui suivait l'attaque corporelle. Je tournais sur moi-même, sautais, virevoltais tant et si bien que les autres elfes guerriers me prirent pour un acrobate. Mais sur les champs de bataille mon art s'avérait très efficace et les mauvaises langues de ma compagnie se mirent à vite me respecter.
Puis un soir, à la tombée de la nuit, alors que nous nous apprêtions à manger, des cris raisonnèrent dans notre oreille. "Vite ! Tout le monde aux armes !" hurlait le général.
Les ours étaient tout près du campement, mais comment avaient-ils pu passer les sentinelles placées à cinq cent mètres devant nous ? Peu importait à présent, je saisis ma lance, j'accrocha mon fourreau à ma ceinture et me mis au centre de la petite place d'armes en plein milieu des tentes. Déjà plusieurs de mes frères d'armes étaient placés là, près a bondir sur la moindre ombre, les archers bien cachés derrière nous, mais même entouré de tous ces braves lanciers, ils ne se sentaient pas en sécurité. Sourcils froncés, lance prête à jaillir hors de ma main, j'attendais, sans trop de peur mais déjà l'adrénaline parcourait mon corps. Un ultime cri sortit de la bouche d'un des ours et le sol se mit à trembler. Ils chargeaient ! A moins de cent mètres de nous, jaillirent de toutes parts ces fameuses créatures sorties tout droit de la montagne. Ma compagnie était au complet, le bataillon d'archers aussi, et je vis au-dessus de ma tête des centaines de flèches qui filèrent droit sur nos ennemis. Je ne savais pourquoi à ce moment là, la haine me prit et je me ruai sur eux, seul, avec mon épée. Le choc n'allait pas tarder à se produire, trois secondes, deux...une et BLAMMMM !! Je me retrouvai face à un de ces soldats de 2m50 de haut. Il voulut me mettre un coup de poing mais, trop tard pour lui, je lui avais transpercé le ventre avec ma lame et, il s'écroula. Facile ! Un peu trop facile, quelque chose clochait. J'examinai le corps en une demi-seconde pour m'apercevoir qu'il avait été décapité. Je me retournai et vis mon père qui se tenait là, avec sa monstrueuse hâche tournoyant au-dessus de lui. Que faisait-il là ? Encore une question qui attendrait car un autre coup me frôla la joue, j'eus juste le temps de faire un mouvement de hanche qui fit reculer mon tronc. La hâche s'abatit une nouvelle fois sous mes yeux. Ce coup sectionna en deux mon malheureux ennemi. Dans un cri qui déchira le champ de bataille, mon oncle se jeta lui aussi dans la mêlé. Les premières lignes d'ours avaient commencé à enfoncer mes gars, nous laissant tous trois en plein milieu de ces fous furieux avides de sang. Mon épée s'enfonça à nouveau dans l'estomac d'un ours qui me le fit savoir dans un grondement de douleur, je retirai mon arme en prenant soin de décrire un arc de cercle avec ma lame pour ouvrir encore un peu plus la plaie déjà bien profonde. Je fis un bond qui me paru être de deux mètres et mon épée atteignit de nouveau l'ours mais à la gorge ce coup-ci, il s'écroula bel et bien. Il était mort. Un rapide coup d'½il à ma droite et à ma gauche m'apprit que mes anges gardiens étaient toujours en train de se battre, debouts repoussant les assauts répétés de nos adversaires. Je poursuivis ma besogne, utilisant toujours les mêmes techniques pour éliminer les ours me faisant face, j'en étais à mon quatrième ennemi lorsque je fus violemment percuté par une masse blanche derrière moi. Je perdis l'équilibre et me retrouvai au sol. Je vis alors les pieds d'un ours me passer dessus puis le second. Je voulus me relever mais d'autres pattes velues me frôlèrent le visage. Je me mis sur le ventre, rampant pour chercher la chaleur protectrice de mon père (et de sa hâche). Des coups pleuvaient sur moi, ceux qui me marchaient dessus ne me remarquaient sûrement pas mais moi, je les voyais et surtout les sentais me passer dessus. Je voulus me relever une nouvelle fois et c'est un genou qui m'atteignit le nez, le sang gicla hors de ma cloison nasale maculant un peu plus le sol blanc déjà rouge foncé presque noir d'hémoglobines. Les larmes commençaient à me monter au yeux. J'étais en plein milieu d'un combat acharné entre des elfes aguerris et puissants et des ours gonflés de force et de haine envers nous. D'où leurs venez cette haine ? Je verrais ça plus tard, si je sors vivant de ce merdier. Je continuais donc à ramper quand j'entraperçu mon père aux prises avec un ours monstrueusement grand. Il n'était pas armé, mon père n'avait pas sa hâche ; il tenait les «mains » de son ennemis avec les siennes. Chacun d'eux forçant pour faire basculer l'autre.
C'était impressionnant à voir, mon père à mains nues tenir tête à une demie tonne de muscles.
J'eus l'impression que cette épreuve de force tant physique que morale dura une année entière. Qui allait lâcher le premier ? Celui qui perdrait ce duel perdrait plus que ça : son adversaire l'achèverait sûrement et je ne voulais pas que ce soit mon père. Alors je pris mon courage à deux mains, me relevai tant bien que mal et courus droit sur l'ours blanc, je ramassai une lance sur mon passage et empalai la créature dans sa hanche. Il bascula en arrière et tomba de tout son poids sur une carcasse de... de garde de la forêt ! C'était un uniforme de garde de la forêt sous cet ours ! Je regardai autour de moi et en vis d'autres, d'autres uniformes vert espoir. Mon ancienne compagnie était là, ils s'étaient rués à mon secours personnel, ils étaient tout présents. Je compris à ce moment là pourquoi les ours avaient commencé à battre en retraite. Car mes amis les avaient chargés. La bataille perdit tout son sens, la victoire était proche, nous n'allions pas tarder à vaincre l'ennemi. Cela me mit du baume au c½ur et je pris l'arme du plus proche défunt soldat pour la brandir haut en criant victoire. Une main familière me prit l'épaule : mon oncle. Il était toujours vivant, cela me soulagea de revoir ce visage. Il me tira en arrière sur cent mètres et m'assit de force au sol. Il m'expliqua que les ours allaient revenir et que leur retraite n'était seulement dans le but de se réorganiser. Pour lui, je devais rester là à attendre sagement la vraie fin de ce sanglant combat.
Hors de question, je comptais bien tuer encore des ours même si je devais pour cela mentir à mon oncle. Je répondis avec une tête déconfite "O.K. tonton je vous laisserais faire."
Parfait, il avait cru à mon mensonge. Je partis vers ma tente récupérer de nouvelles armes et aussi mettre la précieuse côte de mailles à motif de dragon bleu sur le torse. Je remarquai que ce dragon en cristal brillait un peu, je pensais que s'était dû au givre.
Puis, tout à coup, une détonation retentit. Le dragon qui était à présent au centre de ma cage thoracique se mit à briller de plus belle, je me ruai une nouvelle fois dans la bataille. Les ours avaient re-déclencher l'assaut.
Et ils n'étaient pas revenus seuls...
A suivre
By Ethan corrigé par M.M.A